Projet Transdisciplinaire — Chimie ParisTech PSL, juin 2024 Équipe : Agathe Bordes, Alban Laborde-Laulhé, Constantin Richard, Nahia Peyreblanque, Nicolas Gervasoni, Sélim Menaa, Elsa Périn Cliente : Naïs Nie — ingénieure développement produit, département Home Care, Swiffer (Procter & Gamble) Tutrice : Valérie Steiner, enseignante à l'ENSCP
Contexte et problématique
Le produit
Le Swiffer WetJet est un balai à nettoyage humide commercialisé par Procter & Gamble. Il combine un réservoir de solution lavante intégré, une pompe électrique et des lingettes jetables, offrant une alternative simple au seau et à la serpillère classique.
La gamme Swiffer propose une variété de produits de nettoyage ménagers. Le WetJet se distingue comme solution 2-en-1 : il asperse et nettoie le sol en un seul geste, et son ADN a été résumé par notre cliente en deux mots : simplicité et efficacité.
La problématique
Comment réinventer le Swiffer WetJet afin qu'il soit plus durable tout en restant aussi simple d'utilisation ?
Le mot "durable" porte ici une double signification :
- Durabilité écologique — réduire l'impact environnemental du produit (plastiques jetables, recharges)
- Durabilité dans le temps — améliorer la longévité du produit et de ses composants
L'objectif n'est pas de proposer une solution physique finalisée, mais d'identifier des pistes d'amélioration réalistes à soumettre à la cliente.
Méthodologie — Design Thinking
La démarche adoptée s'inspire du Design Thinking, méthode itérative centrée sur l'utilisateur, articulée en trois phases :
1. Inspiration
Comprendre l'utilisateur : ses habitudes de nettoyage, ses besoins, ses frustrations vis-à-vis du produit. Cette phase repose sur des interviews semi-directrices menées auprès d'un panel représentatif d'utilisateurs et non-utilisateurs du Swiffer WetJet.
Un cahier des charges a d'abord été rédigé pour cadrer les attentes de la cliente, suivi d'une grille d'entretien structurée autour de 5 thèmes : fréquence d'utilisation, avis sur le prix, profil socio-professionnel, perception écologique, qualité et praticité du produit.
2. Idéation
Phase créative : synthèse des observations issues des interviews, brainstorming collectif et formulation de propositions d'amélioration. Un Challenge intermédiaire a été organisé avec deux encadrants extérieurs au projet pour apporter un regard neuf.
3. Implémentation et test
Prototypage rapide (quick and dirty), puis présentation aux utilisateurs pour recueillir leurs retours. Cette phase était en cours au moment du rapport intermédiaire.
Résultats des interviews
Les interviews ont été menées auprès d'une vingtaine de personnes (utilisateurs réguliers, occasionnels, et non-utilisateurs du Swiffer WetJet), réparties selon l'âge et la catégorie socio-professionnelle.
Fréquence de nettoyage

De manière générale, les utilisateurs nettoient leur sol de façon humide assez régulièrement. Les jeunes actifs et les retraités constituent les segments les plus actifs. Les personnes âgées, moins mobiles, tendent à nettoyer moins fréquemment mais s'appuient davantage sur des produits facilement maniables.
Avis sur le prix

L'examen des données tarifaires révèle une dynamique intéressante : une part significative des utilisateurs considère le coût total d'utilisation (balai + recharges) comme élevé, ce qui constitue un frein à l'adoption et une source de frustration chez les utilisateurs réguliers.
Profil socio-professionnel

L'analyse révèle une répartition hétérogène : les cadres supérieurs sont majoritairement des utilisateurs réguliers (50 % de cette population). Les employés présentent une répartition plus mitigée. Les retraités constituent un segment fidèle et régulier.
Perception écologique

La perception environnementale est diverse : environ un tiers des interviewés juge le produit peu écologique, principalement en raison des lingettes jetables et du bidon de solution non-rechargeable. Un autre tiers ne s'est pas prononcé, révélant un manque de sensibilisation sur cet enjeu.
Qualité et durabilité dans le temps

La qualité du produit est jugée globalement satisfaisante, mais des réserves apparaissent sur la durabilité mécanique du manche et du système de pompe sur le long terme.
Praticité et ergonomie

Les utilisateurs sont dans leur majorité satisfaits de l'ergonomie du balai. La légèreté du produit et sa facilité de prise en main sont particulièrement appréciées.
Remarques libres

Deux critiques reviennent de façon prépondérante :
- Le bidon de solution lavante — jugé peu adapté aux grandes surfaces, dont l'ouverture est verrouillée (impossible à remplir soi-même), forçant l'achat de recharges propriétaires.
- La tête rectangulaire et sa lingette — peu pratique pour les coins et recoins.
Ces contraintes sont à l'origine d'un phénomène notable : de nombreux utilisateurs modifient eux-mêmes le bidon (perçage, adaptations maison) pour pouvoir utiliser des liquides ménagers standards, témoignant d'un besoin réel non satisfait.
Propositions de solutions
À l'issue du brainstorming, plusieurs pistes d'amélioration ont émergé :
Rechargement du bidon
- Bidon ouvrable — permettre de le remplir avec n'importe quel liquide de nettoyage
- Recharges compatibles — sachets de concentré ou bidons dont l'ouverture serait standardisée (format "capsule" type éco-recharge)
Ces deux pistes répondent directement au besoin le plus exprimé : réduire le coût d'utilisation et les déchets plastiques.
Lingettes
- Proposer une lingette lavable et réutilisable en microfibre, compatible avec le système de fixation existant
- Modifier la forme de la tête pour mieux accéder aux angles
Système de projection
- Remplacer la pompe électrique par une gâchette mécanique pour éliminer la dépendance aux piles (coût, déchets) tout en conservant la simplicité d'utilisation
Analyse managériale
Organisation de l'équipe
Le travail a été réparti selon les compétences et appétences de chacun. Un chef de projet tournant a été désigné à chaque séance pour coordonner les échanges et garantir l'avancement. Les décisions importantes ont été prises collectivement.
Controverses et points de débat
Trois controverses majeures ont structuré la réflexion du groupe :
- Périmètre du sujet — jusqu'où peut-on repenser le produit ? Le groupe a choisi de se concentrer sur des améliorations incrémentales réalistes plutôt qu'une refonte complète.
- Nature de la démarche — le groupe a opté pour une approche Design Thinking plutôt qu'une démarche d'analyse cycle de vie (ACV), plus adaptée au délai et aux ressources disponibles.
- Format du questionnaire — arbitrage entre questionnaire quantitatif (grand nombre, traitement statistique) et interviews qualitatives (profondeur, nuance). Le choix s'est porté sur des interviews semi-directrices, mieux adaptées à l'exploration des usages.
Le Challenge intermédiaire avec des tuteurs extérieurs a mis en lumière la possibilité d'explorer la concurrence (Dyson, iRobot, marques distributeur) pour benchmarker les pratiques durables du secteur.
Éthique et responsabilité
La question de la responsabilité de P&G vis-à-vis des déchets générés par ses produits a été au cœur des discussions. Le groupe s'est engagé à appliquer une totale honnêteté et transparence dans l'analyse et la restitution des données d'interviews, en ne déformant pas les avis collectés.
Conclusion
Ce projet a été une expérience enrichissante, combinant travail de terrain (interviews), créativité (brainstorming) et rigueur analytique. Il a mis en lumière le besoin réel d'améliorer la durabilité du Swiffer WetJet, tel qu'exprimé par les utilisateurs eux-mêmes — et pas seulement comme enjeu marketing.
Les compétences développées : gestion de projet en équipe, conduite d'interviews utilisateurs, synthèse de données qualitatives, communication avec un client industriel.